Guillermo del Toro et ses créatures



Si la filmographie du Mexicain réalise quelque chose Guillermo del Toro C’est de la passion de cet auteur pour les personnages tourmentés, certains violents, d’autres apeurés dans des mondes qui les ont piégés. Presque personne dans son cinéma, presque aucune de ses créatures ne fait partie d’une société équilibrée, il y a toujours des êtres en dehors du système, en dehors de ce que nous entendons par une vie normale. Ce fut le cas, par exemple, dans les trois films de lui que j’ai le plus aimés, ‘L’Echine du Diable’, ‘Le Labyrinthe de Pan’ et ‘La Force de l’Eau’.

‘L’allée des âmes perdues’ (Nightmare Alley) ***

Réalisateur:Guillermo del Toro.

Scénario:Guillermo del Toro et Kim Morgan, d’après le roman de Lindsay Gresham.

Interprètes :Bradley Cooper, Cate Blanchett, Rooney Mara, Tony Collette, Willem Dafoe.

Dans son nouveau travail, un ‘remake’ du film homonyme réalisé en 1947 par Edmund Goulding avec Puissance de Tyron, Guillermo del Toro utilise à nouveau ce modèle de protagonistes. Des gens qui se consacrent au cirque, certains rêvant d’anciens jours de gloire, d’autres survivant comme ils l’ont toujours fait, et certains essayant de s’en sortir, portant un passé sombre et prêts à tout. Dans ce scénario, où cohabitent femmes douces et pauvres monstres, le personnage qu’incarne Bradley Cooper tombe.

Guillermo del Toro a suffisamment d’habileté, de talent et de flair pour créer un bon spectacle visuel. Dans « L’allée des âmes perdues » Le Mexicain est entouré d’un casting splendide et recrée avec une grande qualité photographique les différents univers à travers lesquels ses créatures devront évoluer, de la misère du chapiteau de cirque au luxe des meilleurs hôtels et des manoirs les plus éblouissants. Et il a aussi une histoire très convaincante à raconter, quoique dure, sombre et contenant une bonne distribution de personnages cruels. Tout fonctionne bien dans ces aspects, mais il manque quelque chose à ce film de Guillermo del Toro. Pour le ménager, il a tout son temps, car ses cent cinquante minutes ne sont pas justifiées. Mais à défaut, il lui manque des éléments fondamentaux : il n’y a pas de passion, ce n’est que dans quelques instants que l’émotion se fait sentir et le rythme narratif, peu vibrant, n’aide pas au développement d’une histoire qui se déroule plus froidement que nécessaire.